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CULTURE ET PATRIMOINE DE POLYNESIE

LES MARAE

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Les "MARAE"

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Il n’est pas si loin le temps où ce qui peut apparaître aujourd’hui, comme de simples « amas de pierre », revêtait un rôle fondamental dans la société Polynésienne traditionnelle, celle d’avant l’établissement des premiers colons Européens, à la fin du 18e siècle. Bien plus qu’un « temple », le Marae était le siège de toutes les décisions, le véritable pilier du fonctionnement social, politique et religieux de la société.

Une fonction capitale

Les anciens Polynésiens étaient polythéistes : chaque île, chaque chefferie, famille et corps de métier possédaient ses dieux ; Des dieux aux fonctions bien spécifiques et des dieux différents, mais complémentaires. Les Polynésiens venaient sur les marae pour honorer ces dieux et leur demander d’influencer favorablement les événements. Le marae avait donc une fonction capitale puisqu’il permettait d’assurer la communication avec le monde des dieux. C’était uniquement sur le marae que les atua – les dieux – pouvaient être convoqués par les rituels des prêtres, pour venir s’incarner dans les idoles sculptées. Cette venue sur terre permettait aux hommes d’obtenir du mana, une force divine responsable de la santé, de l’équilibre, de la fertilité… On pensait que toute réussite était due au mana et tout échec à son absence. L’absence prolongée des dieux sur terre faisait faiblir le mana, c’est pourquoi on devait les y inviter régulièrement, chose qu’on ne saurait faire ailleurs que sur le marae. On pouvait faire venir le mana uniquement par le biais de rituels.

Les dieux pouvaient être uniquement convoqués sur le marae.

Obtenir le mana

Seuls les prêtres, les tahu’a pouvaient accomplir ces rituels. Afin d’obtenir satisfaction aux dieux. Le mana n’était donné par les dieux qu’en échange d’autre chose : c’est le système du don/contre-don. Le don était perçu en Polynésie comme un intermédiaire entre les dieux et les hommes puisqu’on considérait qu’il entraînait de manière presque mécanique un contre-don. Les dons les plus prestigieux incitaient les dieux à être généreux envers les hommes. D’où les dons de chair humaine… Mais les sacrifices humains, aux îles de la Sociétés, n’étaient pas pratiqués n’importe comment et répondaient à des circonstances bien particulières. Ils avaient lieu uniquement sur les marae de chefferies. C’était donc un don d’une grande valeur pour les divinités, qui estimaient alors que le donateur méritait un contre-don à la hauteur. Comme par exemple davantage de mana, une pêche plus fructueuse, une victoire guerrière écrasante…

Le mana n’était donné par les dieux qu’en échange d’autre chose.

Conception architecturale

A première vue, un marae ressemble à une cour rectangulaire en pierre, dans laquelle se situe un ahu, sorte d’autel en pierres dressées, simple ou à étages. Dans les îles de la société, les marae étaient construits avec des pierres sèche, en fait des blocs de basalte ou des dalles de corail. Les galets étaient ensuite grossièrement façonnés et assemblés pour former le parvis. L’ahu formait une petite pyramide à étage, il était réservé au prêtre, tahu’a et au chef, ari’i. au centre de l’esplanade, il y avait des pierres « dossier », sur lesquelles le prêtre et le chef s’installaient pour prier. On trouvait également des unu, sculptures de bois aux formes géométriques qui représentaient des hommes ou des animaux. Les unu symbolisaient les familles à qui appartenaient le marae. Le marae était entouré de nombreuses constructions, tel que le fare ia mahana, « la maison des trésors sacrés ». la conception d’un marae variait en fonction de son importance, mais les bases architecturales étaient quasiment similaires.
Les Polynésiens n’étaient pas simplement très religieux : tout était régi et codifié par le sacré, le tapu, une interdiction venant des dieux et que les prêtres, les tahu’a, faisaient savoir à la population. Les marae, extrêmement tapu, empreints de mystère parlent de ces coutumes révolues des Polynésiens. Révolues mais pour autant pas complètement oubliées… Aujourd’hui encore, de nombreuses croyances entourent les marae.

Aujourd’hui encore, de nombreuses croyances entourent les marae.

Patrimoine archéologique

Le peuplement du Pacifique par les populations polynésiennes, arrivées de l’est à bord de grandes pirogues, remonte à environ 4 000 ans. Les chercheurs estiment que les archipels de Tahiti furent colonisés vers 500 après J.C. On situe, dans ces mêmes îles, la construction des premiers marae vers le 15è siècle. C’est à partir des îles de la société que les marae se seraient répandus dans le reste de la Polynésie. De tradition orale, la culture ancestrale polynésienne a bien failli complètement disparaître avec l’arrivée des Européens au 18è siècle et l’implantation du christianisme au 19è siècle, emportant avec lui tous les témoins des croyances polynésiennes. Mais dès le 20è siècle, des fouilles archéologiques sont menées aux îles de la Société, permettant ainsi de mettre au jour de multiples sites qui avaient sombrés dans l’oubli, envahis par la végétation. Ainsi sont « re-nés » les statues, les ti’i (équivalent du tiki en langue marquisienne), les pétroglyphes (motifs gravés dans la pierre), ainsi que les lieux de culte en pierre, les marae. C’est donc principalement à travers le patrimoine archéologique survivant que les Polynésiens et les visiteurs peuvent appréhender une partie de la culture polynésienne ancestrale, immémoriale, complexe, et d’une incroyable richesse.

Ainsi sont « ré-nés » ces lieux de culte en pierre.

Marae
Lien entre les dieux et les hommes, mais également entre les hommes et leurs terre.

On trouve des marae dans toutes les îles de Polynésie française avec néanmoins quelques variantes au niveau de la structure architecturale, des matériaux utilisés et des rituels qui s’y tenaient. Aux Marquises, les habitants appelaient ces lieux les me’ae. Le marae était aussi le lien des hommes avec leur terre, leur fenua, il était ce par quoi on pouvait revendiquer son titre de propriété. En effet, sur tous les terrains étaient construits des marae familiaux auxquels étaient rattachés les lignées héréditaires, c’est pourquoi ce sont, entre autres, les emplacements des marae qui ont permis aux Polynésiens de prouver leur appartenance à des terres et de les délimiter après l’arrivée des Européens.

Des marae

Rayonnant dans l’ensemble du Pacifique Sud aux marae familiaux.
Teuira Henry, dans son ouvrage de référence, Tahiti aux temps anciens, a opéré une hiérarchie entre les différents types de marae des îles de la société, en fonction de leur importance.


Le marae international
Taputapuatea à Raiatea.

Taputapuatea avait une portée inter insulaire. Il s’agit du plus grand et du plus important des marae de l’archipel de la Société. Il y a plus de mille ans, sa renommée était si étendue qu’il paraîtrait même que la plupart des peuples de Polynésie orientale (îles de la Société, Tuamotu, îles Cook, voire Nouvelle-Zélande et Hawaii) le considéraient comme le siège du pouvoir spirituel et temporel. La raison d’un tel rayonnement : l’île de Raiatea, jadis nommée Hava’i, est considérée comme le berceau de la civilisation Ma’ohi. La tradition veut que ce soit de Raiatea que les navigateurs polynésiens soient partis pour aller peupler d’autres îles du Pacifique.

Le marae national
Matairea rahi à Huahine (îles-sous-le-vent).

C’est le marae le plus important d’une île, l’expression du pouvoir et des liens de solidarité tirés autour de l’ari’i nui, sorte de chef culturel et cérémoniel d’une île. Cœur spirituel de chaque grande chefferie d’une île, on célébrait sur ce marae les différentes phases de la vie d’un ari’i, comme le couronnement, la puberté etc. On y préparait également les événements importants tels que les guerres.

Le marae local
Mahaiatea à Papara, Tahiti

Le marae de district, dit marae mata’eina’a, revêtait la même forme que les marae nationaux mais en plus petit format. Ace marae étaient attachés les titres et généalogies des familles de chefs du pays. On y célébrait les événements liés au ari’i et à sa famille.

Le marae familial ou ancestral
Le marae tupuna exprimait la solidarité de la maisonnée. Les noms héréditaires de la famille attachés au marae constituaient le moyen de prouver son titre de propriété. Chaque dalle du mur qui entourait le marae représentait un membre de la famille qui l’utilisait pour prier en s’agenouillant dessus. On y célébrait les événements concernant la vie du clan, tels que les naissances ou les décès.

Le marae social
Le marae du clan, marae o te va’a matauna’a, avait une importance considérable pour les populations car il faisait d’elles une communauté. Les hommes du clan s’y réunissaient pour faire des demandes et des offrandes pour leur communauté en périodes de réjouissance ou d’épidémie. Ce type de marae exprimait la solidarité généalogique inter insulaire.

Les marae des spécialistes
Ce type de marae était assez petit, il ne contenait parfois qu’une seule pierre à prières. Les spécialistes en question (docteurs, constructeurs de pirogue, pêcheurs, etc.) se consacraient à leur dieu spécifique. Ils demandaient ainsi aux dieux de bien vouloir les aider dans leur entreprise.

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